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L'emprise du signe sur la matière
En avril 1990 a été lancé le plus gros satellite scientifique ayant jamais
existé : le télescope spatial Hubble pèse en effet 12 tonnes. Un de ses
miroirs représente à lui seul 900 kg. Ses miroirs polis sont montés avec
une extrême précision. Ses performances le rendent jusqu'à 10 fois
plus puissant qu'un télescope terrestre. Il verrait une bille à 40 km de
distance. Pour les astronomes, ce sont des milliards d'étoiles nouvelles
qui vont pouvoir s'allumer dans le ciel.
Ce projet a demandé sept ans de préparation, et a tenu toute la commu-
nauté scientifique en haleine. Mis en orbite grâce à une navette, à
500 km au dessus de l'atmosphère, on en attendait des clichés d'une
grande qualité pour mieux comprendre les origines et l'histoire de
l'univers. Quel ne fut pas le scandale et la déception lorsqu'on se rendit
compte que le miroir principal - un engin de 2,40 mètres de diamètre -
avait des défauts de courbure. Un gâchis de 3 milliards de dollars pour
un télescope spatial devenu myope et incapable de fournir des images
d'une qualité au moins égale à celle d'un simple télescope terrestre
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.
La matière était en défaut, ici, de courbure idéale. C'est un programme
informatique spécial qui va la corriger. Une partie de l'image reçue est
floue ; décomposée, elle sera analysée finement par une grille de
cellules photosensibles. Chaque point (pixel) présentant une anomalie
va faire l'objet d'un traitement : corrections de contraste, de luminosité,
par comparaison avec la partie de l'image correcte. A partir d'une sorte
de mire spatiale, un programme de traitement d'image va analyser les
défauts de convergence. En utilisant les lois mathématiques régissant
les rayons lumineux, grâce aux règles statistiques on rétablit une
recomposition très approchée du cliché d'un miroir qui n'aurait pas eu
de défaut. Bien sûr, il n'aura jamais la netteté espérée initialement.
Mais le télescope de la mission spatiale Hubble est désormais capable
de fournir des images 2 à 3 fois meilleures que celles des meilleurs
observatoires astronomiques terrestres : le signe a corrigé la matière !
Pas toujours aussi spectaculaires, les applications des NTIC sont à
l'origine d'une multiplication d'activités dématérialisées incorporant
l'intelligence dans la mémoire et les programmes des ordinateurs. Au-
tant d'applications qui contribuent à une généralisation de la "numéri-
sation" du travail. Un travail qui permet une esquisse à partir de la-
quelle l'ordinateur optimisera les paramètres d'une conception afin
d'aboutir au projet définitif. Ce projet vivra artificiellement quelques
heures ou des mois dans un ordinateur. Il subira des simulations dans
des environnements fictifs, éventuellement à partir de plusieurs lieux
différents grâce aux réseaux de recherches, avant d'aboutir à un pro-
duit réel.